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Médiévales, N°22-23, 1992. Pour l’image. pp. 173-186.

Introduction:

De nombreux travaux ont montré que les reliques des saints exercèrent une fascination croissante sur le clergé et les fidèles au Moyen Age et que la vénération intense qui s’y attachait n’allait pas parfois sans quelques excès ; il est ainsi facile, nous dit André Vauchez, « d’ironiser sur les innombrables dents de saint Jean-Baptiste ou cheveux du Christ que les églises d’Occident se procurèrent, souvent à grand prix, auprès d’habiles imposteurs »’. Encore ne s’agit-il dans ces exemples que de reliques de saints « anciens », dont la popularité n’empêcha pas de nouveaux cultes à caractère local de naître et de se développer, suite à la découverte, généralement fortuite, des restes de personnages plus proches dans le temps et dans l’espace. Une fois mis au jour, ces restes, pour la plupart anonymes, se voyaient attribuer une identité et une histoire ; ainsi se rejoignaient, dans cette entreprise de « fabrique de saints » — pour reprendre un mot d’André Vauchez — qui caractérisa une partie du Moyen Age occidental, les deux sens du mot inventio : trouver des ossements impliquait qu’on leur trouvât une histoire, l’invention de reliques stimulait l’inventivité des hommes. De cette coïncidence entre les deux significations du terme, un exemple particulièrement frappant nous est fourni par l’invention des reliques de « sainte Ursule » et des Onze mille vierges au XIIe siècle, à Cologne : la découverte de leurs reliques supposées permit à leur histoire et à leur culte de dépasser rapidement les limites du cadre rhénan au point que le monastère des Onze mille vierges  de Cologne devint un des principaux lieux de pèlerinage de la chrétienté. C’est donc à la légende d’Ursule et des Onze mille vier ges que nous nous intéresserons ici, en tâchant d’analyser les rapports qui lient reliques et vie de saint, et de montrer que le hasard comme le génie humain eurent leur rôle à jouer dans la formation d’une telle légende qui, de locale, devint universelle.

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