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Médiévales, N°12, 1987. Toutes les routes mènent à Byzance. pp. 25-31.

Parmi ce qu’on appelle encore, bien qu’entre guillemets, les «épopées de jongleurs» dans la littérature allemande précourtoise, celle du «roi Rother», Konig Rother, réserve au lecteur moderne bien des surprises, et même d’agréables surprises. Il apprend ainsi, au cours du récit, que ce roi dont le nom veut peut-être rappeler celui du roi Lombard Rothari (636-652) en même temps que celui de Roger II de Sicile (mort en 1154) a été le père de Pépin et le grand-père de Charlemagne… en même temps que de Gertrude de Nivelle (morte en 659). A ces affirmations nos souvenirs historiques vacillent, bien sûr, surtout quand, après avoir énuméré cette descendance de Rother, le poète ajoute (w. 3483 sq.) : « Ainsi cette histoire n’a-t-elle rien à voir avec les fables». Il prétend par là l’inscrire dans une sorte de Grande Chronique des rois de Rome, dans la mouvance de la Kaiserchronik par exemple, elle aussi rédigée en Bavière, dont parle avec tant d’insistance et de louange le narrateur du Kônig Rother… Quoi qu’il en soit, ce roman d’aventure se veut autre chose qu’une fiction gratuite, et il ne l’est pas en effet, car sa peinture des caractères et des situations où se trouvent les principaux acteurs est une vigoureuse charge contre les chrétiens de l’Est, les Byzantins qui allaient bientôt faire les frais de la Quatrième Croisade, et la causticité avec laquelle il les montre conserve, en ce texte difficile, mélange de dialectes divers, une réjouissante saveur.

La fable, d’abord : le roi Rother, couronné à Rome, mais qui réside en général à Bari, parfois à Aix-la-Chapelle (à la fin du récit), le roi d’Occident, donc, n’a pas de femme et pas d’héritier. Ses jeunes et fidèles barons le pressent de se marier, et ne voient qu’une princesse qui soit digne de lui : la fille du roi de Constantinople. Malheureusement, ce roi éconduit tous les prétendants qui se présentent, ou plus exactement il leur fait couper la tête. Cependant, le comte Luppolt prend la tête d’une ambassade composée de douze comtes et de leurs chevaliers, qui va briguer la fiancée byzantine pour Rother. Le roi Constantin de Constantinople accepte d’écouter le message des ambassadeurs, et pour cette raison ne les traite pas comme les précédents : il les met en prison, pour la vie.
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